Le top des galeries parisiennes : Gagosian, Almine Rech, Yvon Lambert, GB Agency et Thaddaeus Ropac en tête
Le top des galeries parisiennes : Gagosian, Almine Rech, Yvon Lambert, GB Agency et Thaddaeus Ropac en tête
Un tour des galeries parisiennes en ce mois d’avril montre encore toute la diversité de l’art contemporain. Et c’est bien passionnant ! Mais, les expositions sont inégales, et pas seulement en raison de la notoriété des artistes. Car, au détour, quelques découvertes ravissent le spectateur quand d’autres, parfois trop hermétiques ou un peu tristes, s’inscrivent dans un sillon référentiel, voire autoréférentiel, au risque de laisser peu d’impression.
Et non, vous n’avez pas tout vu de Gilbert & George. Il faut aller chez Ropac pour s’en rendre compte. Grinçante, cette exposition de la série noir et blanc London Pictures reprend des gros titres de journaux depuis plusieurs années sur des grandes fresques bien connues du duo britannique. Addict, « Cyclist », Hate, Baby, etc… chacune des œuvres rappelle des faits divers à l’échelle locale ou mondiale qui révèlent un monde contemporain en crise. En fond fantomatiques, Gilbert & George apparaissent comme des témoins ou comme des juges, peut-être, de ces drames. Plongée dans des univers très urbains et sombres, la série joue sur la neutralité journalistique de ces gros titres, qui rend les phrases inscrites sur ces photographies d’autant plus rudes. Immergé dans un monde de phrases et de mots qu’on lit comme du story telling, on prend la mesure de ces œuvres littéralement vertigineuses.
Chez Yvon Lambert, à moins deux semaines avant le décrochage, il faut aller voir la double exposition Markus Schinwald et Ariel Schlesinger. Une sensation de désinvolture et de bricolage rend la première exposition personnelle de l’Israélien Schlesinger, « Act Without », d’emblée sympathique et poétique. La flamme émanant d’une porte vitrée pour Braunshweig Door ou l’image d’un zippo ; les chaises jumelles motorisées qui portent le titre de l’exposition ; la table sur laquelle se consument des stylos en encens, titrée I believe in a two states solution. L’orient et l’occident se rencontrent et cette exposition politique renvoie subtilement par l’utilisation de matériaux, soit immatériels soit éphémères, à l’absence du corps dans une scénographie à mi-chemin entre un décor de théâtre et une performance.
Suit l’Autrichien Markus Schinwald et ses portraits détournés du XIXe siècle, affublés de masques contre la pollution ou de prothèses. Ils sont accrochés aux cimaises de la salle qui, littéralement amputée d’un morceau d’espace par un immense carré blanc, laisse apercevoir d’autres portraits au loin, derrière le cube. Jeu sur la perception, jeu sur l’empêchement, jeu sur la peinture classique ou encore réinterprétation de portraits, cette installation fait suite à celle de l’artiste au pavillon autrichien de la dernière Biennale de Venise, dans lequel il mettait aussi en abyme la peinture classique du XVIIe en un étroit corridor. Son installation chez Lambert laisse une grande impression ; étrangeté et univers clos comme une galerie dans une galerie, un tableau dans un tableau.
Du côté de la Gagosian gallery, on a la chance de voir une installation toute fraîche du Suisse Urs Fisher qui fait événement en ce moment avec son exposition au Palazzo Grassi à Venise. Ici, minimale et drolatique, des fruits suspendus sur des fils de nylon, du grain de raisin à l’ananas, censés pourrir petit à petit, sont comme un jeu d’échelle gastronomique, bientôt rejoint par la sculpture d’un clou avec son ombre porté, une bicyclette bleue et une bouteille renversée au sol. Énigmatique mais ludique et décomplexée, cette installation joue sur l’absurde, la précarité des oeuvres et le sommaire. A l’étage de la Gagosian, le plaisir est rejoué avec une exposition de Picasso à Warhol sur le thème micro-mania.
Et la galerie Laurent Godin aussi en surprendrait plus d’un. Avec « Navy legacy » de l’Américain Haim Steinbach, une cloison passe en travers de la galerie. D’un côté est écrit, sur la cimaise, « No elephants ». D’un autre sont exposés des fruits en papier mâché. A côté, une de ses fameuses étagères avec un Hulk tout vert comme dans le dessin animé, et une énorme boule, ou sphère bouffe l’espace comme une petite planète tombée tout droit du ciel. Collage d’univers hétérogènes, cette installation à la poétique quasi-spectaculaire continue au sous sol de la galerie avec cette fois de petits objets, tel une sorte de fantôme d’éléphant en vertèbre de mastodonte sous une énorme cloche. Étonnante, curieuse, pop, décousue mais dont les œuvres fonctionnent prodigieusement ensemble, cette installation est une exploration de l’océan dans tous les sens du terme, géopolitique ou personnelle.
A la GB Agency, le Français Joris Lacoste est une véritable découverte pour le monde de l’art contemporain. Issu du théâtre, cet artiste a écrit plusieurs scénarios en quelques lignes, accrochés simplement sur des feuilles A4 aux murs. Pour ceux qui voudraient les acquérir, il propose une séance d’hypnose pour faire l’expérience onirique et psychologique de ces histoires. Avec un concept qui mêle le personnel, le psychologique, le rêve, le voyage et l’écriture, Joris Lacoste séduit, au point que vraiment, on a envie de le rencontrer et de se procurer un des textes. Au sous-sol de la GB Agency, une autre belle exposition de groupe « a common feeling » attend le visiteur, qui rassemble en un parcours conceptuel Ryan Gander, Roman Ondak, Jiri Kovanda ou encore Pia Rönicke. En étroite collaboration avec la galerie new-yorkaise Murray Guy, un second volet devrait s’inaugurer bientôt aux Etats-Unis.
Et puis c’est au tour de la galerie Nathalie Obadia de nous éveiller. Deux expositions : « Sleeping Life Away » de MadeIn Company et « Matthew Barney / Barry X Ball Dual-Dual Portrait» de Barry X Ball. MadeIn Compagny est un collectif d’artistes chinois shanghaien qui produit des tableaux en forme de collages baroques et épiques sur le monde contemporain et son histoire. Impressionnants tableaux de broderies de tissus, cuir et perles, et immenses sculptures totémiques en mousse noire investissent la galerie avec des représentations véritablement post-modernes, au sens où se mêlent folklore chinois et occidental et des images récupérées sur Internet. Dans l’autre espace de la galerie Obadia, l’Américain Barry X Ball présente son duel avec Matthew Barney, avec deux sculptures à double visage, comme en hommage non seulement à Bruce Nauman mais aussi aux masques de sorciers africains. Technique mixte savante avec du marbre, cette installation qui s’adresse à un des artistes contemporains les plus côtés au monde, attend sûrement et avec un certain romantisme une réponse.
A voir également chez Michel Rein, deux belles expositions du Français Raphaël Zarka avec « Les Prismatiques » qui s’inscrit dans la continuité du travail de l’artiste et du couple franco-hongrois Société Réaliste avec « Monotopia », et chez Frank Elbaz une installation de l’artiste portugais Davide Balula intitulée « The Buried works », avec une unique estrade en bois qui recouvre un sol jonché de terre. Un jeune collectif et deux jeunes artistes confirmés qui ne déçoivent pas.
Chez Almine Rech, l’artiste chinois Lui Wei donne à voir une exposition intelligente et habile sur deux étages intitulée « Foreign ». Elle foisonne de sculptures urbaines magnifiques, sur un thème pourtant un peu rebattu des forêts de tours urbaines. Et chez Air de Paris, si la figure d’ainé de l’Allemand Thomas Bayrle, avec ses tissages de toile, convoque des images noir et blanc peu lisibles dans un travail de codage intéressant mais répétitif, Mrzyk & Moriceau, avec Poppies are also flowers 3/4, par leur érotisme et leur humour, donnent à voir un paysage bien différent et iconographiquement riche.
Quant à l’exposition de l’artiste français Wilfrid Almendra « Yellow river » à la galerie Bugada & Cargnel, elle nous rend un peu nostalgiques des débuts de cet artiste hyper doué qui aujourd’hui, confirmé, et dans cette exposition-ci, donne à voir une poétique un peu desséchée, avec ses plaques de ciments et ses miroirs, et moins singulière peut-être que ses sculptures précédentes qui étaient éblouissantes. Il faut aussi aller voir le travail de l’artiste canadien Ken Lum à la galerie Nelson-Freeman, avec ses monochromes où les couleurs dépeignent des humeurs ou une psychologie, dans une narration zen et un tant soit peu pop. Enfin, chez Marian Goodman, « Double Bill » de John Baldessari entre en résonance avec l’ensemble de son travail toujours aussi ésotérique, les images sont pourtant moins étonnantes que ce à quoi on s’attend avec ce grand artiste américain.







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